Lego City No Limits : quand Kazoo Animation donne vie à une licence culte en 3D
Avec Lego City No Limits, Kazoo Animation signe un projet à la croisée de l’exigence technique, de la culture de la collaboration et du plaisir pur d’animer une licence iconique. Entre contraintes propres à l’univers Lego, ambitions de qualité proches du cinéma et organisation précise des équipes, la série révèle beaucoup de ce que peut être le travail en studio aujourd’hui.
Un studio taillé pour la fabrication
Fondé en 2022, Kazoo Animation est un studio de prestation spécialisé dans la fabrication de séries d’animation 3D, de la préproduction jusqu’au compositing final. Installé à Tourcoing, le studio fonctionne notamment en partenariat avec Blue Zoo Animation et s’inscrit dans un écosystème de production où la technique et l’échange international occupent une place centrale. Dans l’interview, Germain Geny rappelle que le studio est organisé autour de la fabrication, en tant que prestataire de service.
« C’est un studio de prestation de service : on travaille exclusivement sur les phases de fabrication de projets, des séries ou des longs‑métrages d’animation, uniquement en 3D. »
Cette spécialisation se ressent dans la manière dont le projet est décrit : Kazoo Animation n’est pas seulement un studio qui exécute, mais un espace où les équipes participent pleinement à l’élaboration du rendu final. L’enjeu n’est pas uniquement de produire des images, mais de trouver la bonne solution artistique et technique pour servir la série. Cette logique de service haut de gamme, très orientée production, donne au projet une dimension à la fois rigoureuse et créative.
Une licence qui fait sens
Pour Pierre Lippens, lead animation sur la série, travailler sur Lego City No Limits a une résonance particulière : comme beaucoup d’animateurs, il a grandi avec les briques Lego. Il le dit très simplement :
“J’ai des Legos depuis que je suis gosse, et du coup de bosser sur une série Lego comme ça, c’est une chance incroyable pour moi”.
Ce lien personnel avec la licence renforce forcément l’implication des équipes, mais il explique aussi pourquoi le projet est perçu comme marquant au sein du studio. La force du sujet tient justement à ce mélange entre affectif, savoir-faire et prestige de la marque.
Germain Geny insiste de son côté sur la chance que représente cette collaboration, surtout pour un studio encore jeune :
“avoir l’opportunité de travailler sur une énorme licence comme Lego, c’est vraiment une chance”.

Une animation sous contrainte
L’un des aspects les plus intéressants de l’interview tient au rapport entre liberté créative et contraintes de l’univers Lego. Pierre Lippens explique qu’il faut animer les personnages comme s’il s’agissait de vraies figurines manipulées physiquement :
« Le principal défi, c’est que l’on est limité par le fait que ce sont des Legos : on ne peut pas les utiliser autrement que comme si on jouait avec eux physiquement. On ne peut pas plier les coudes, ni les genoux, ce qui nous oblige à être très créatifs. Il faut trouver d’autres moyens, imaginer des poses très lisibles, et c’est là que réside le principal enjeu technique. »
À cela s’ajoute une contrainte de pipeline, avec une passerelle technique entre Maya, utilisé pour l’animation, et Unreal, utilisé au rendu. Ce type d’articulation entre logiciels fait partie des réalités de la production contemporaine, mais il prend ici une importance particulière puisqu’il faut maintenir une cohérence entre le geste animé et l’apparence finale à l’écran. Germain Geny précise d’ailleurs que le rendu recherché n’est pas celui d’un CG “visible”, mais plutôt celui d’un petit film stop-motion inspiré de vrais Lego. Ce choix esthétique influe directement sur le style d’animation et sur les attentes de qualité.

Une exigence proche du cinéma
La série cherche à se rapprocher autant que possible de la direction artistique des films Lego, tout en restant produite dans les contraintes d’un budget de série télévisée. C’est là que le projet devient particulièrement intéressant : il faut maintenir un niveau d’exigence élevé, sans perdre la fluidité de production nécessaire à un format sériel. Pierre Lippens résume bien ce défi lorsqu’il évoque l’obligation de tenir une certaine qualité “à la main”, au quotidien, dans le travail d’animation.
Cette exigence n’est pas uniquement technique ; elle est aussi organisationnelle. Pour Germain Geny, la qualité du projet repose beaucoup sur la relation de confiance entre les différentes entités, notamment entre Blue Zoo et Lego. Le partenariat s’est construit sur une communication fluide, une écoute réciproque et une vraie capacité à intégrer les propositions des équipes de fabrication. Cela crée un cadre rare, dans lequel les techniciens ne sont pas seulement exécutants, mais aussi force de proposition.
Une équipe resserrée, un flux précis
Sur l’ensemble de la série, une cinquantaine de personnes sont mobilisées, voire un peu plus, sur les différentes étapes artistiques, de l’écriture au montage final. Côté Kazoo Animation, l’équipe d’animation se compose de Pierre Lippens, lead animation, de quatre animateurs, et d’un stagiaire qui vient renforcer le groupe en production pendant la période estivale. Cette taille intermédiaire favorise une organisation claire, avec des responsabilités bien réparties et des échanges réguliers.
L’épisode de cinq minutes est découpé en séquences attribuées à chaque animateur, puis travaillé par passes successives : blocking, deuxième passe block avancé, polish, puis finitions. Ce découpage en étapes permet de sécuriser la qualité tout en maintenant un rythme compatible avec la production sérielle. Pierre Lippens explique aussi que son rôle ne se limite pas à l’animation : il s’agit également de rendre le travail confortable pour le reste de l’équipe, de fluidifier les retours et de lever rapidement les blocages éventuels.
Le collectif comme compétence
Quand on leur demande quelles qualités ils recherchent chez de jeunes artistes, les deux intervenants convergent vers une même idée : la capacité à travailler en équipe. Pour Germain Geny, le showreel compte, mais l’essentiel est ailleurs : savoir s’intégrer, comprendre une méthode de travail et s’imprégner d’un fonctionnement collectif. Chez Pierre Lippens, la même logique revient sous l’angle de l’écoute, de l’ouverture aux retours et de l’esprit de proposition.
« C’est vraiment l’esprit d’équipe qui prime. Et savoir prendre du recul. Pour moi, il est important de savoir écouter les retours des autres. En tant que lead, j’apprécie particulièrement de travailler avec des personnes qui savent écouter, tout en restant ouvertes et porteuses d’idées. »
Cette vision du recrutement dit beaucoup de la réalité du métier. Dans un studio comme Kazoo Animation, la compétence technique est indispensable, mais elle ne suffit pas à faire un bon collaborateur. Il faut aussi savoir accepter les retours, ajuster sa pratique et trouver sa place dans une équipe où la communication reste constante. C’est d’ailleurs ce que reflète l’organisation quotidienne du studio, pensée pour favoriser la proximité, les échanges directs et l’émulation entre collègues.
Travailler ensemble, vraiment
Germain Geny insiste sur un point qui traverse toute l’interview : l’intérêt de travailler sur place, en présentiel, pour garder une communication vivante. Même si le télétravail est techniquement possible dans l’animation, il défend une présence forte au studio, afin de permettre les échanges spontanés, les retours rapides et les ajustements en temps réel. Dans ce type d’environnement, le simple fait de passer derrière un écran ou de montrer un détail à un collègue peut transformer la qualité du résultat.
Cette approche s’inscrit dans une vision très concrète du travail d’animation. Le studio n’est pas seulement un lieu où l’on exécute des tâches, mais un espace où l’on fabrique ensemble un langage visuel commun. Le fonctionnement autour de Lego City No Limits illustre bien cette réalité : les retours viennent de Londres, la coordination est régulière, et l’équipe française doit transformer ces échanges en séquences animées cohérentes et convaincantes. La fluidité du process devient alors une compétence à part entière.
Un conseil aux étudiants ARTFX
Pour les étudiants ARTFX qui rêvent d’intégrer un studio comme Kazoo Animation, Germain Geny donne un conseil simple : venir rencontrer l’équipe, qui est directement installée dans l’école. Il invite aussi les jeunes diplômés à avoir confiance dans la base acquise pendant leurs cinq années de formation, tout en restant ouverts à d’autres méthodes de travail, d’autres outils et d’autres visions artistiques. C’est une position intéressante, parce qu’elle valorise à la fois la solidité du parcours et l’humilité nécessaire à l’entrée dans le monde professionnel.
Le mot final pourrait être celui-là : confiance, mais aussi ouverture. Dans un studio de fabrication comme Kazoo Animation, la technique ne prend tout son sens que lorsqu’elle s’inscrit dans un collectif capable de dialoguer, d’écouter et d’inventer ensemble. Avec Lego City No Limits, ce sont justement ces qualités qui permettent à une licence culte de garder son énergie, son identité et sa magie.

Pour aller plus loin
Avec Lego City No Limits, Kazoo Animation montre l’importance du travail collectif, de la précision du geste et de la maîtrise du pipeline en studio. Une logique qui fait écho à la spécialité Animation 3D d’ARTFX, où les étudiants apprennent à animer des personnages en intégrant les exigences techniques et artistiques de la production.
Kazoo Animation, fondée en 2022, est une société de prestation haut de gamme spécialisée dans la fabrication de séries d’animation 3D, de la préproduction jusqu’au compositing final. Basé à Tourcoing, au cœur de EuraCreative, le studio est issu d’un partenariat entre Blue Zoo Animation et Samka Productions, et s’inscrit dans un écosystème de production tourné vers l’animation 3D pour les publics jeunes et familiaux.
Kazoo Animation collabore à des projets tels que Mojo Swoptops et LEGO City No Limits, où il intervient sur des phases clés comme le storyboard, l’animation, le layout, le lighting et le compositing. Grâce à une équipe de taille intermédiaire installée dans un environnement créatif et dynamique, le studio met en avant à la fois l’exigence technique et la richesse artistique, en mêlant savoir‑faire français et réseau international.